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Fou, tout cela l’est très certainement : l’épreuve, sa préparation, toute l’organisation que cela implique… Cela est bien fou, mais fou en vue de quoi ? Est-ce une pure folie irrationnelle, ou y a-t-il une raison fondamentale à ces courses ?

Bien sûr, toutes les dimensions humaines et les valeurs du sport sont invoquées ici : l’entraide, le dépassement de soi, la discipline de l’entraînement…

Mais pourquoi ne pas y voir encore plus, une dimension qui dépasserait même notre nature humaine ? Saint Paul nous dit : « Oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus. » Ainsi, il compare sa quête du Christ à une course effrénée. Sa quête du Christ, c’est en même temps sa soif de justice, de vérité et de paix. Et nous, vers quoi courons-nous ? Simplement pour passer la ligne d’arrivée, si possible debout ?

Notre vie ressemble souvent à une course. Nous sommes tendus vers autre chose, nous ne sommes jamais vraiment en repos ici-bas. Nous espérons toujours autre chose, de nouveau, de différent. Nous nous lassons de tout, ou presque, et nous continuons donc de courir. Mais qu’est-ce qui pourrait véritablement combler notre désir ? Saint Paul nous rappelle que le repos définitif, celui qui sera encore plus réparateur que celui de dimanche, se trouve dans le Christ lui-même, parce qu’il est éternel ! Ce n’est pas non plus une invitation à goûter cette éternité directement ce week-end…

Le but de ma course en commande la direction. Vers où ? Vers quoi ? Vers qui ? Est-ce moi qui conduis ma vie ? Ces quelques heures, parfois en solitaire sur les sentiers, pourraient être une occasion de se le demander, en pensant par les pieds, les cuisses et les mollets.

Mais ce qui est encore plus étonnant, c’est que le Christ n’est pas uniquement à l’arrivée. Il est sur le chemin, ou, comme il le dit lui-même, il est le chemin.

Aux disciples d’Emmaüs, après sa Résurrection, Jésus manifeste sa présence en marchant avec eux. Il les rejoint sur les sentiers, alors qu’ils sont en chemin, mais aussi dans leur tristesse. Ces disciples ont perdu leur espérance. Ils avaient mis leur confiance en Jésus, mais sa mort a bouleversé leurs attentes. Ils avancent, mais ils ne savent plus vraiment vers quoi aller. Jésus ne les attend pas à l’arrivée : il fait route avec eux. Il les écoute, les rejoint dans ce qu’ils vivent et leur ouvre les Écritures. Peu à peu, leur regard change et leur cœur se remet à brûler.

Le Seigneur ne nous attend pas seulement dans la gloire éternelle, en nous observant de loin, peiné de nous voir nous écorcher les genoux sur les galets et nous tordre les chevilles. Il fait route avec nous. Il ne nous épargne pas nécessairement les difficultés, les blessures ou les moments de découragement, mais il nous rejoint au cœur de ce que nous vivons. Il peut nous aider à retrouver un sens à notre chemin, même lorsque nous ne savons plus très bien pourquoi nous avançons.

Il y a sûrement une manière renouvelée de vivre sa course. Sans perdre de vue la dimension sportive, bien sûr, mais en y ajoutant une nouvelle dimension. Ainsi, l’effort prendra en considération tout votre être : corps, esprit et âme. La course pourra alors devenir l’occasion de découvrir quelque chose de nouveau sur vous-mêmes, sur les autres et sur Dieu. Peut-être arriverez-vous à la Redoute différents de ce que vous étiez au départ, grandis en humanité et, peut-être même, en sainteté. Non seulement vous pourrez dire que vous y étiez, façon grognard de Napoléon à Austerlitz, mais vous pourrez aussi partager ce que vous aurez découvert sur vous-mêmes, sur les autres et sur Dieu.

Alors, que ces dernières heures de préparation soient mises à profit pour intégrer aussi cette dimension la plus haute de vos personnes. Ainsi, vous ne courrez pas en vain. La course sera toujours aussi folle, mais elle pourra devenir bien plus qu’une épreuve sportive : une occasion de découvrir ce qui vous fait avancer, ce qui vous relie aux autres et ce qui donne un sens à votre vie. Car au-delà de la ligne d’arrivée, il y a encore un chemin à parcourir. Et sur ce chemin, le Christ nous rejoint, nous écoute et nous invite à avancer avec lui, vers cette vie que nous ne pouvons ni comprendre pleinement, ni imaginer, ni même espérer par nos seules forces.

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