« Le Seigneur est mon berger ». Le chrétien agit en disciple du Seigneur. Il se laisse enseigner, guider et conduire par la Parole de Dieu et par la grâce des sacrements. Sommes-nous vraiment des disciples ? L’un des reproches fait au don des sacrements dans l’Église comme la Confirmation est de ne pas rendre disciples ceux qui reçoivent ce sacrement de manière solennelle et festive. Il arrive malheureusement que les confirmands considèrent la célébration sacramentelle comme un point final au lieu de la vivre comme un commencement.
« Berger » veut dire père qui veille et protège, leader qui élève l’esprit et dynamise, coach qui développe le potentiel, médecin qui guérit. Le berger se rapproche du disciple ; le disciple se tourne sans cesse vers le Seigneur. La salutation liturgique « Le Seigneur soit avec vous » manifeste cette proximité où Dieu a l’initiative et le disciple est appelé à accueillir la visite de son Seigneur.
C’est pourquoi, dès que le chrétien met le pied par terre, le matin, à son lever, il fait le signe de la croix pour confier toutes les heures et tous les événements de la journée à la sainte Trinité. Au coucher du soleil, le croyant remet sa journée entre les mains de Dieu le Père, son Berger, en lui confiant la nuit et le sommeil.
Le Psaume 90, chanté à l’office des Complies, célèbre le Seigneur berger : « Je dis au Seigneur « mon refuge, mon rempart, mon Dieu, dont je suis sûr ».
« Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ». Saint Ambroise de Milan1 nous a donné une admirable prière : « Le Christ est tout pour nous ! Si tu veux guérir une blessure, il est le médecin ; si la fièvre te brûle, il est la source ; si tu es opprimé par l’injustice, il est la justice ; si tu as besoin d’aide, il est la force ; si tu crains la mort, il est la vie ; si tu désires le ciel, il est le chemin, si tu cherches dans les ténèbres, il est la lumière ; si tu cherches de quoi te nourrir, c’est lui l’aliment … Goûtez et voyez comme le Seigneur est bon : bienheureux l’homme qui espère en lui ».
« Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer, il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ». Le croyant se pose en Dieu, c’est bien le sens de se reposer, se poser à nouveau dans la paix de Dieu. L’apôtre bien-aimé Jean s’était reposé sur le cœur de Jésus lors de la dernière Cène. Il n’y a que la prière qui nous repose car elle comble la soif de paix de nos cœurs. C’est dans le Cœur de Jésus, le Sacré-Cœur, en unissant par la foi notre pauvre cœur fragile au Cœur douloureux et vivifiant de Jésus que nous recevons le repos et la vie. Le Psaume 22 du Bon Berger évoque la grâce des sacrements du baptême, de l’eucharistie et de la Confirmation. « Les eaux tranquilles qui me font revivre » sont bien celles du baptême où nous recevons la vie de l’Esprit Saint, eau vive. Ces eaux apaisent car notre Berger est doux et humble de cœur.
« Le Berger me conduit par un juste chemin pour l’honneur de son nom ». Par sa mort et par sa résurrection, Jésus à percé le mur de la mort qui arrêtait tout élan vital. La mort est alors devenue un tunnel qui débouche sur la résurrection. Jésus berger nous sauve de fausses routes et des impasses. Il le fait, non pas parce que nous sommes bons mais parce qu’il est bon, pour l’honneur de son nom très saint.
À Pâques, la croix du Christ apparaît comme un étendard de victoire : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure. » Le bâton du Berger est la croix qui guide nos pas et notre cœur. La croix tracée sur notre corps du haut en bas, de gauche à droite, nous oriente dans nos labyrinthes qui nous angoissent pour trouver la voie de la sortie : la Sainte-Face du Christ, que sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus aimait à prier, à chanter et à peindre.
« Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ». C’est à la table de la Parole de Dieu et de l’eucharistie que le péché est enlevé et le diable vaincu. Dans un tableau dans l’église de notre ancien couvent des Dominicains à Annecy, l’artiste a représenté l’apôtre Jean, au pied de la croix, en train d’élever la coupe vers le côté transpercé de Jésus. Du Sacré-Cœur tombe alors dans la coupe eucharistique le Sang de Jésus et le serpent, symbole du diable, sort vaincu de la coupe de l’eucharistie. Le diable, l’ennemi des hommes, est chassé par le Sang du Christ. Les hommes en sont libérés.
« Tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante ». Le parfum de l’onction du saint-chrême fait rayonner la vie de l’Esprit Saint, l’Esprit du Christ. Pendant la Semaine Sainte, au cours de la messe chrismale, l’évêque bénit et parfume le saint-chrême ; chaque année, un nouveau parfum est choisi : ylang-ylang, géranium … Le catéchumène baptisé et confirmé répand le parfum du Christ, parfum d’amour, ce beauté et d’éternité. Le cœur du chrétien comme une coupe débordante partage la vie de Dieu. Disciple-missionnaire, le chrétien est envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, aux malades et aux prisonniers. Le Seigneur bon Berger accorde grâce sur grâce.
« Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ». Les premiers chrétiens disaient que par la résurrection du Christ « tous les jours étaient devenus un grand Jour de fête ». Qui peut éteindre la flamme de l’Esprit Saint ? Qui peut nous séparer de l’amour du Christ ? Rien ni personne, sauf notre manque de foi. Au commencement du mystère de la Rédemption, lors de l’Annonciation, l’ange Gabriel a salué la Vierge Marie « comblée de grâce ». L’Église est comblée de grâce. Chacun de nous participe au bonheur de Dieu lui-même.
« J’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours ». La maison de Dieu est le Corps du Christ, « en qui habite corporellement toute la plénitude de sa divinité » (Col 2,9). Le Christ est la tête de l’Église, Corps du Christ dont les baptisés sont membres, Famille de Dieu, Famille de familles. C’est dans cette « Maison de Dieu » que le Bon Berger nous accueille maintenant pour célébrer l’eucharistie, avant-goût du Ciel.