Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait
Une jeune fille me confiait un jour qu'elle n'arrivait pas à faire la volonté de Dieu. Lui demandant quelle volonté de Dieu elle n'arrivait pas à faire, elle me répondit qu'elle ne savait pas. En creusant, nous avons découvert qu'elle imaginait que la volonté de Dieu était forcément le contraire de la sienne. Mais pour arriver à cette conclusion, il est d'abord nécessaire de connaître la volonté de Dieu. Saint Paul écrit aux romains qu'il s'agit d'un discernement, c'est à dire d'une réflexion avant de décider ce qu'on va faire. Il voit trois étages dans cette réflexion : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait.
Mais avant de construire les étages, il faut des fondations. Qu'est ce qui nous motive dans ce que nous faisons ? C'est d'abord l'instinct, notre fondation commune avec les animaux : nous sommes attirés par ce qui nous fait plaisir, et nous fuyons ce qui ne nous plaît pas. C'est normal. Il est important de bien nous rendre compte de ce qui nous plaît et de ce qui nous déplaît.
Pourtant, se contenter de ces fondations, saint Paul appelle ça "prendre le monde présent comme modèle". Car il manque une chose essentielle : tout ce qui plaît n'est pas forcément bon. Ce qui est sucré est très attirant, mais lorsqu'on est diabétique, c'est très mauvais. Quand j'étais petit, les médicaments avaient un bien mauvais goût ; et pourtant il fallait bien les prendre, parce qu'ils étaient bons pour ma santé. Cette réflexion est propre à l'homme : nous sommes capables d'aller au-delà de notre instinct en nous posant la question du discernement entre le bien et le mal.
Mais lorsque nous nous forçons ainsi à agir, nous pouvons le faire de mauvaise humeur, ou même pas du tout. Notre cœur alors se referme et se racornit. Saint Paul nous propose alors de construire un étage supplémentaire : faire ce qui est capable de plaire à Dieu. Lorsqu'on est amoureux, on devient capable de faire des exploits, même des choses désagréables, sans se forcer plus que ça. L'amour dilate le cœur : faire les choses par amour pour Dieu rend bien plus heureux, même les difficiles.
On pourrait penser qu'on est arrivé à la fin de la construction. Mais saint Paul ajoute un étage : ce qui est parfait. Aïe ! Qui est capable de ça ? Et comment savoir si notre conduite est parfaite, elle qui est si facilement intéressée ? Jusqu'ici, notre action était menée par notre discernement et nos capacités. Mais ce discernement et ces capacités sont bien limités. La perfection ne peut pas dépendre de nous. Il faut une lumière et une force spéciales. Jésus les appelle l'Esprit Saint : il nous promet de nous l'envoyer lorsque nous le lui demandons. Il le donne aussi alors même que nous ne pensons pas à le demander, mais qu'il nous voit bien disposés.
C'est probablement cette prise de conscience que saint Paul appelle la transformation de notre manière de penser. Si nous nous décevons nous-mêmes si souvent, c'est parce notre désir de perfection est présent en nous, mais qu'il est mal orienté. Nous sommes appelés à la perfection de l'amour en la recevant de Dieu. Parce qu'elle vient de lui, elle rend parfaitement heureux.